L’origine des films de guerre

Voici un petit historique des films de guerre à travers leur corpus depuis leur invention jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

Pour comprendre d’où viennent les films de guerre, il faut comprendre pourquoi à l’origine on les a créés. Le cinéma est toujours affecté et influencé par le cours de l’histoire, par les réalités sociales, géopolitiques et culturelles. Commençons d’abord par le fait suivant: le film de guerre est un genre qu’on associe à la propagande depuis que le cinéma existe.

Le commencement

Les films de guerre ou de propagande ne sont d’ailleurs pas d’hier parce que le premier film de ce genre date de 1898 : Tearing down the Spanish Flag. C’est un film de propagande de la Vitagraph company (probablement la première grande compagnie de cinéma aux états-unis) où on voit un drapeau américain être hissé devant un château à la place du drapeau hispanique; propagande entourant la guerre hispano-américaine de 1898.


Première Guerre mondiale

L’utilisation du cinéma comme propagande durant la guerre a été énormément présente dès la Première Guerre mondiale. Par exemple, The Battle Cry of Peace, en 1915 qui montre ce qui arriverait si un pays européen belliqueux envahissaient New-York.

Il y a ensuite eu plusieurs films montrant le paquebot anglais Lusitania qui se fait torpiller et couler par un sousmarin U-Boat allemand, même un film d’animation muet de Windsor McCay en 1918.

Mais le premier long métrage de propagande du genre est Naissance d’une nation (The Birth of a Nation)(1915) de D. W. Griffith’s, une épopée sur la guerre civile américaine du point de vue des sudistes et une sorte d’éloge au KKK. C’est un film raciste anti-noir adapté du livre The Clansman de Thomas Dixon. C’est particulièrement désagréable à regarder. Le comble est que les noirs sont des blancs dont le visage est peint. On sent bien la propagande raciste dans dans le style de ce fil. Par exemple: un gros plan d’une fillette blanche qui pleure alors que des noirs tentent de forcer une porte pour entrer là où des blancs sont réfugiés.

Mais les films de guerre se divisent en deux grandes classes : les films pro-guerre, qui légitimisent ou donnent raison à une guerre, un combat ou une cause et d’autre part les films anti-guerre qui montrent les horreurs de la guerre et du combat, la souffrance qu’ils engendrent, etc. Paradoxalement D. W. Griffith a probablement aussi produit le premier long metrage de propagande pacifiste (donc anti-guerre), Intolérance (1916), probablement son film le plus ambitieux, cette fois puisqu’il traite de quatre histoires / guerres différentes:

  • L’histoire moderne, la première guerre mondiale, on était en plein dedans au moment de produire ce film
  • L’histoire de Judas (en l’an 27) au moment de la crucifixion du christ
  • La renaissance française de 1572
  • L’histoire babylonienne

Chaque histoire est construite de manière à faire en sorte que le spectateur soit dégoûté par les horreurs de la guerre et la rejette:

Deux ans plus tard, en 1918, le réalisateur D. W. Griffith’s récidive avec Coeurs du monde Hearts of the World (1918), un autre film de propagande, cette fois pour encourager les américains à entrer en guerre dans le conflit européen :

La même année, la compagnie Warner Bros sort son premier gros hit avec My Four Years in Germany (1918), présenté comme un documentaire. Le film prétend raconter l’expérience de James Gerard, l’ambassadeur américain en Allemagne, témoin d’atrocités commises par les allemands:


Les années 1920

Après l’armistice, les studios européens étant en ruines, Hollywood et les États-Unis ont pris le controle de 80% du cinéma à l’échelle mondiale. En temps de paix, les films de guerre se sont raréfiés. Notons tout de même Les quatres chevaliers de l’apocalypses – The Four Horsemen of the Apocalypse (1921) de Rex Ingram qui se veut un film anti-guerre:

Et une autre mention spéciale pour le film patriotique Pour l’indépendance (VF de America) (1924) de Griffith sur la révolution américaine:

Vers le milieu des années 20 un nouveau genre de film de guerre apparaît.
Les studios Metro Goldwyn Mayer (MGM) qui arrivent sur le marché lancent La grande parade, The big parade (1925), probablement le film muet ayant eu le plus de succès. Réalisé par King Vidor, qu’on pourrait considérer comme le Steven Spielberg des années 20. C’est le premier film affichant le point de vue d’un soldat (GI):

L’année suivante, en 1926, La MGM, fière de son succès, a récidivé avec deux autres films de guerre : Tell It To the Marines (1926) et La chair et le diable Flesh And The Devil (1926) :

En réponse à la MGM, le réalisateur Raoul Walsh ainsi que les studios Fox produisent le film pacifiste Au service de la gloire, What Price Glory? (1926), refait en 1952 par John Ford. On y voit des combats à tranchées très réalistes:

En 1927, c’est au tour de la Paramount de s’y mettre avec Les ailes, Wings (1927), l’un des premiers films de guerre montrant des combats aériens. C’est réellement impressionnant à voir encore aujourd’hui.


Le cinéma parlant

Les années 30, c’est l’arrivée du cinéma parlant. Les Anges de l’enfer, Hell’s Angels (1930) de Howard Hughes est une super production de 3M$, équivalant à 44 M$ ce qui était incroyablement cher pour l’époque et c’est aussi ce qui a lancé la carrière de l’actrice et sex-symbol Jean Harlow.

Le film À l’Ouest, rien de nouveau, All Quiet on the Western Front (1930) est le premier film anti-guerre de l’ère du cinéma parlé. Basé sur un roman de l’auteur allemand Erich Maria Remarque qui montre la première guerre mondiale du point de vue de l’Allemagne. Les jeunes soldats allemands qui s’engagent dans l’armée pour servir leur patrie et qui se retrouvent ravagés par leur expérience.

Les films de guerre se raréfient dans les années 30 suite à l’isolationnisme américain. Le réalisateur francais Jean Renoir nous donne deux films de guerre importants: La grande illusion (1937) où on retrouve des officiers français prisonniers d’une prison allemande.

 

Et La règle du jeu (V.A: The Rules of the Game) 1939, une fantaisie dramatique qui est l’un des films les plus importants et les plus influents de l’histoire du cinéma. Le réalisateur Jean Renoir dit de son film : « C’est un film de guerre, et pourtant pas une allusion à la guerre n’y est faite […] » :


Deuxième guerre mondiale

1940, Deuxième Guerre mondiale: On retourne en Amérique avec Correspondant 17, Foreign Correspondent (1940), Second film d’Alfred Hitchcock.

La même année, le réalisateur et acteur Charlie Chaplin présente son premier film parlé: Le dictateur, The Great Dictator (1940), une comédie-dramatique et satire politique. Chaplin y joue à la fois le rôle du dictateur fasciste et d’un barbier juif persécuté.

De multiples films s’en sont suivis.
Après le bombardement de Pearl Harbor par l’armée Japonaise en 1941, le ton d’Hollywood change drastiquement. La plupart des films deviennent des œuvres de propagande pour valoriser l’entrée des États-Unis dans la guerre, dépeignant ce geste comme une noble cause.

Le film Casablanca (1942) est un classique de Warner Brother’s réalisé par Michael Curtiz. Propagande anti-nazi et triangle amoureux, c’est une histoire d’espionnage et de romance dans le nord de l’Afrique. Un conflit entre la démocratie et le totalitarisme:

Durant la guerre, on a droit à un certain nombre de films de guerre avec l’acteur John Wayne surtout connu pour avoir joué dans de multiples films western et co-créateur de la Motion Picture Alliance for the Preservation of American Ideals. Notamment :

Quelque part en france (Reunion in France) 1942

Alerte aux marines (The fighting Seabees) :

Les sacrifiés (They were Expendables) 1945


Films d’après guerre

Les films sur la Deuxième Guerre mondiale se multiplieront durant les années 50.

Les mœurs ont beaucoup évolués à partir des années 60, ce qui donna plus de satires et de comédies de guerre.

Le film Le jour le plus long, The longuest day (1962) est un film sur la Deuxième Guerre mondiale avec un angle plus humoristique et un casting très intéressant:

Pour conclure cet article, quelques mentions pour les guerres qui ont suivies :

Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe, VF de Dr. Strangelove or : How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb (1964) film de Stanley Kubric une comédie sur la guerre froide avec Peter Sellers.

M*A*S*H (1970), une comédie noire sur la guerre de Corée.

Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola sur la guerre du Viêt nam.

 

En terminant, notons qu’on peut définir un film de guerre, en 2017 comme étant un genre qui parfois historique, qui montre généralement un environnement militaire ou d’espionnage en temps de guerre, de conflits armés, de prisonniers, de survie et on y voit parfois certains éléments politique, procès de la cour martiale, etc. Le film de guerre a généralement un ou plusieurs protagonistes qu’on qualifiera de courageux et avec un grand sens de l’honneur. Comme on l’a vu dans cet article, le genre vient d’une relation étroite avec la propagande et on peut constater qu’encore aujourd’hui, les films de guerre ont tendance à être extrêmement patriotiques.

Bon film de guerre!

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